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En attendant, elle est tout contre mes ailes.

par chroniquesterriennes.over-blog.com 31 Janvier 2015, 18:09

En attendant, elle est tout contre mes ailes.

J’arrachais une à une mes plumes.

J’avais peur de sortir avec mes grandes ailes déployées.

Je craignais les fous qui tirent à vue parce qu’on n’épouse pas leurs causes.

Je longeais les murs, je restais dans la pénombre alors que j’aime tant la lumière.

Dieu ne répondait plus, il avait disparu, j’avais perdu sa voix !

Parfois, par la fenêtre, je m’envolais discrètement et je le cherchais parmi les boules de coton.

Je revenais bredouille, chez moi, dans mon nid douillet, non loin des flammes de l’enfer.

Pour consoler ma peine, j’avais un peu trahi ma mission.

Ainsi, muré dans l’indifférence, je ne pensais plus qu’à moi

Je n’en pouvais plus de soigner des plaies et de sans cesse recommencer.

Elle est apparue soudainement, scintillante comme un astre.

J’étais dans mon coin, fuyant la nuée qui se déversait dans la cité.

Immédiatement, j’ai compris qu’elle était créature de Dieu.

Tout comme moi !

Nous nous étions écartés de l’humanité qui nous effrayait.

Nous avions tant donné, sans espoir d’amour en retour.

Nous étions saisis d’asthénie.

Nous cherchâmes très haut, un refuge.

Nous trouvâmes, enfin, un nuage confortable où nous nous allongeâmes.

Ici, nous étions en sécurité et nous pouvions nous pelotonner l’un contre l’autre.

Nous devenions invulnérables.

Sur terre, c’était la confusion.

Nous n’avions pas la moindre appétence pour leur tendre la main.

Nous ne partagions que le désir de nous aimer.

Quand ils sortaient leurs armes, je la couvrais de baisers.

Elle avait un goût de miel.

Gourmandise sucrée qui me poussait vers le pêché.

Ailleurs, sur des champs de bataille, une odeur âcre se répandait.

Combien de victimes tombaient quand nos pieds caressaient l’éternité.

Nos corps dansaient dans les airs, la tête nous tournait.

Je me jurais de ne plus arracher la moindre plume à mes ailes qui me donnaient tant de liberté.

Pendant que nous frissonnions, ils étaient à genoux à demander au Seigneur de leur pardonner.

Ils avaient les mains couvertes de sang.

Ils priaient pour que le Seigneur leur ouvre les bras.

Ils hurlaient, imploraient, autour des corps démembrés.

Ses cheveux flottaient dans l’espace, vague sombre qui me transportait.

Ils chutèrent les bras en croix, dans un bruit infernal.

Elle était allongée, je faisais courir mon doigt sur ses jambes interminables

Le tonnerre gronda, le Tout Puissant jeta une couverture ténébreuse et menaçante.

Il était courroucé.

Cependant, dans cette masse grise, il traça un cercle bleu où nous pûmes nous réfugier.

Aujourd’hui, loin du tumulte, je me promène sur ses courbes.

Que deviennent-ils plus bas ?

J’entends leurs plaintes et leurs souffrances qui grimpent.

Au fond, je n’ignore pas que Dieu, bientôt, va nous adjurer d’apaiser ces âmes meurtries.

En attendant, elle est tout contre mes ailes.

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  • Texte Protégé Copyright © 2015 Ricardo SANTIAGO
En attendant, elle est tout contre mes ailes.

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