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Le crayon et la gomme.

par chroniquesterriennes.over-blog.com 12 Janvier 2015, 21:58

Je savais que nous n’étions pas aimés.

Mais nous continuions notre petit bonhomme de chemin.

Je dessinais depuis ma plus tendre enfance, c’était mon job.

Mon humour était particulier et je ne me faisais pas que des amis.

Mais, ne sommes-nous pas dans une démocratie ?

Je n’avais rien à craindre, qui pouvait s’en prendre à un type armé d’un crayon ?

Parfois, nous étions pris à partie par quelques dogmatiques.

Nous nous retrouvions à nous justifier devant des juges qui à chaque fois nous donnaient raison.

Encore heureux ! La laïcité était notre emblème que nous portions fièrement avec un zeste de provocation, j’avoue.

Toute cette animosité à notre égard, m’effrayait un peu.

Cependant, je continuais à griffonner mes petites œuvres.

Notre journal n’amusait plus guère, les lecteurs se faisaient rares, il se mourait doucement.

J’étais à l’abri du besoin, j’aurai pu m’arrêter là mais, au fond de moi, une voix me disait de continuer.

Ce besoin irrépressible de batailler.

Chaque matin avec ma gomme et mon crayon, j’étais un héros de l’ombre, vieux et fatigué ;

Ce jour-là comme tous les mercredis, nous nous réunissions.

Il faisait gris mais l’humeur était à la plaisanterie et aux rires, un peu gras par moments.

La grande salle frémissait d’une convivialité qui me faisait du bien.

Soudain, un bruit violent nous fit sursauter.

Une fusillade ? Nous nous raidissions sur nos chaises, inquiets.

C’est alors qu’ils sont apparus, visages cagoulés.

Ils hurlaient, nous nous sommes regardés pour une ultime fois.

Nous savions que bientôt nous ne serions plus de ce monde.

Qui allait nous regretter, nous les impertinents tantôt abhorrés, tantôt ignorés.

J’ai vu partir mes collègues, mes amis, un par un.

Je ne vous décrirai pas l’enfer qui a été le nôtre.

Je ne veux pas faire pitié.

Je suis mort, brutalement, tué par des hommes sans visage.

Sur le sol, ma gomme et mon crayon dans une mare de sang.

Je n’ai rien compris à ce qui s’est passé.

Quel crime ai-je commis ? Celui d’être un simple humoriste, épris de liberté ?

Protégé Copyright © 2015 Ricardo SANTIAGO

Le crayon et la gomme.

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