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Brides de vie

par chroniquesterriennes.over-blog.com 16 Octobre 2015, 06:54

Ida me l’a dit, c’est elle qui me fera connaître l’amour. C’est une petite brune, d’origine juive d’Afrique du nord dont le mari fort sympathique acceptait que je vienne partager parfois leurs repas.

Sans se douter, que derrière son dos, son épouse déposait des baisers sur ma bouche d’adolescent.

Finalement, après m’avoir mis des mois entiers sous pression, il ne se passa rien d’autre que des câlineries d’enfants sans conséquence.

A cette époque, sur mon tabouret en plastique, dont la dénomination était Tam tam, pour son apparente ressemblance avec l’instrument du même nom, j’essayais de ne pas couler à pic au lycée.

La tête baissée sur ma table de camping qui nous servait (à moi et ma mère) de table à manger et de bureau, je couchais sur le papier des mots pour que mes rédactions élèvent mes notes médiocres.

Le travail était plus aisé l’après-midi quand cela était possible, le soir ma mère allumait la télé et impossible de se concentrer dans les 14m2 de notre petit appartement.

Je ne pouvais pas lui en vouloir, l’usine était un lieu usant et elle avait besoin de décompresser un peu.

Parfois, les samedis, elle allait danser avec son amie Carmen et le studio était à moi dans ces moments- là.

Un peu de répit sans qu’on se marche sur les pieds.

L’avenir à cette époque, je ne l’entrevoyais même pas, aucune attirance particulière pour un métier en particulier, peut-être rentier.

Au premier étage, se trouvait mon copain Robert qui vivait sur le dos de sa grand-mère, un oisif sympathique mais qui allait mal tourner à la mort de celle-ci.

Je l’aimais bien, il était venu récupérer mon pauvre blouson dépouillé par un voyou à la sortie du lycée.

Nous avions traqué le délinquant et l’avions retrouvé.

Robert, un pistolet dans la poche l’avait regardé avec son air méchant et l’autre terrorisé, me l’avait rendu avec diligence.

Robert fréquenta une très jolie fille qu’il ne put conserver et une autre qui le rendit fou puis son destin tourna à l’aigre.

Désargenté au décès de sa grand-mère, il s’accoquina avec une pauvre femme qui n’était guère mieux lotie que lui, financièrement.

Pour oublier son triste sort, il sombra dans l’alcool (on dirait du Zola) et pour compenser sa rage, il infligeait à sa compagne de violentes roustes.

Quelques années plus tard, je les aperçus sur le trottoir à mendier, je ne me suis pas approché.

Maman a eu cette chance de partir tôt à la retraite à 55 ans et elle fit des allers retours entre Barcelone et Paris, pendant de longues années.

Elle était comblée, épanouie mais le poids de l’âge se fit rapidement sentir et lorsqu’elle fut trop faible et qu’elle ne put assurer sa location en Espagne, elle me fut renvoyée avec ses valises comme un paquet de linge sale par ma famille.

Belleville où nous vivions et où nous passâmes de longues années, n’avait à mes yeux plus le même attrait.

J’y croisais des fantômes, des brides de souvenirs parfois douloureux.

Lucas, mon fils, fut extraordinaire lorsque nous dûmes vider le studio de ma mère qui s’en était allée aux cieux.

Il m’aida dans cette tâche pénible, crève-cœur, réminiscence d’images du passé qui jaillissaient brutalement.

Les poubelles dans la cour de notre immeuble se remplirent rapidement, tant d’objets et de linge, nous jetâmes.

Au premier étage, Cécile avait tiré sa révérence depuis longtemps, Robert devait tutoyer l’enfer, Ida sans doute vieillissante finissait ses jours avec son époux, mes copains d’enfance s’étaient égayés, j’étais adulte…

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Copyright © 2015
Ricardo SANTIAGO

Brides de vie

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