Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LE VOYAGE

par chroniquesterriennes.over-blog.com 18 Octobre 2015, 09:39

"Tu vaux mieux que ça " songe-t-il, en lisant le SMS de rupture, écrit à la va-vite.

Dehors, les trottoirs brillent sous la patine de la pluie qui tombe depuis des heures.

Il erre, un peu assommé, il ne méritait pas si peu de condescendance.

Près d'une fontaine, il s'assoit sur un banc, fait grise mine, ressasse sans fin cet amour perdu.

"Que fais-tu là ? " lui demande une voix douce qu'il connait par coeur.

Il lève la tête, c'est sa mère, il s'étonne de la rencontrer en ce lieu.

"Si nous allions nous promener " dit-elle, vaillante et étrangement plus jeune aujourd'hui.

Elle lui prend la main avec tendresse, il dépose un baiser sur sa joue, ils s'éloignent happés par la foule.

Combien de temps, ont-ils marché ? La ville, ses alignements d'immeubles, les voitures qui grondent, les gens pressés, tout a disparu.

" Où sommes-nous ? " s'inquiète-t-il.

Il embrasse du regard un paysage énigmatique mais splendide.

Des herbes courent à l'infini, vers le sommet de collines, une explosion de couleurs égaye le paysage.

Au-dessus des têtes, la nappe bleue du ciel et la douce chaleur réconfortante du soleil.

Une silhouette s'approche, une femme svelte qui lui offre un sourire d'une éclatante blancheur.

Il est très ému, il la reconnait, il la serre contre lui.

" Tu es venue pour moi, soeurette ? "

D'autres personnes l'entourent bientôt, grands-parents, oncles, tantes, la famille serait-elle presque au complet ?

" Mais que faites-vous là ? " les interroge-t-il sans pouvoir travestir l'émotion qui le submerge.

Sa mère prend son visage avec une infinie délicatesse.

" Ça n'en valait pas la peine, le moment n'est pas venu, tu dois t'en retourner ".

" Je ne comprends pas " murmure-t-il.

Un à un, les membres de sa famille s'effacent comme par magie, tels des nuages de fumée.

" Maman ne me laisse pas, je suis effondré, je me sens mourir, à l'intérieur ".

Elle lui adresse, pour toute réponse, un dernier geste d'affection, essuie ses larmes avec compassion. Comme gommé par un artiste mécontent, le décor disparaît à jamais.

Une lumière crue descend d'un plafond blanc, il est allongé sur un lit étroit, un infirmier l'observe.

" Vous allez bien Monsieur ? "

" Je ne sais pas, non vraiment... "

Il se souvient de son geste désespéré, ces médicaments hâtivement avalés, tout ça pour une bluette perdue.

Il a été stupide, il regrette, il lui reste tant à vivre !

Pour eux, là-haut, il va se relever, devenir grand, sa Vie ne fait que commencer.

Texte Protégé
Copyright © 2015
Ricardo SANTIAGO

LE VOYAGE

commentaires

Haut de page