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Merci, Madame, d’être partie !

par chroniquesterriennes.over-blog.com 6 Octobre 2015, 06:35

Je n’ai pas de chance, à l’instant même où par moult artifices, tu devenais une plante désirable, tu t’éloignais de moi.

Faites la moue pas la guerre, avec toi sous ce toit, c’était devenu Verdun au petit matin blême.

Le soir tu arrivais du travail, faisant grise mine, je n’osais rien dire de peur de me faire houspiller.

Petit toutou docile, je n’allais pas jusqu’à remuer la queue et tirer la langue mais cependant je tentais de me montrer prévenant, attentif à tes souhaits, presque à te cirer les souliers.

Pendant que tu grommelais comme une vieille chouette, peu à peu je percevais sous le vernis, ton égoïste et ta méchanceté.

Notre enfant courait dans l’appartement, sans doute est-ce à cause de lui que je m’étais métamorphosé en larbin dévoué plutôt que de me lever, de te regarder droit dans les yeux et de te gifler.

Le soir, de ces efforts incessants, je pensais être au moins récompensé.

Ce n’était jamais le cas, allongé en face d’un coffre-fort, j’avais bien du mal à trouver le code pour te décoincer et des mois durant je rêvais à d’autres demoiselles auxquelles, Dieu me pardonne, j’infligeais quelques menus outrages.

Un soir alors que je faisais les poussières et que le petit dormait à poings fermés, je te sentis plus affable.

Enfin ! Sur ton visage de marbre, un sourire venait gommer ta mine saumâtre, tu minaudais, je ne comprenais plus très bien, j’étais un peu crétin.

Ce jour-là, après des mois de diète, tu allais payer ta dette, petite chatte ronronnant, tu m’attirais vers notre large lit.

Je ne savais plus faire l’amour.

Comment employer mes mains sur ces seins, balancer mon auréole de saint, embrasser tendrement tes lèvres ? J’avais égaré le mode d’emploi.

J’étais un puceau, maladroit, incompétent et je sentais bien que je me noyais pendant que tu t’impatientais.

Quelques secondes, minutes, heures plus tard, les bras en croix, cloué sur les draps, j’étais éreinté, assommé, comme si j’avais combattu sur un ring.

Cette bataille je l’avais perdu, profondément malheureux, témoin de mon naufrage, sachant à cet instant que le film venait de s’achever sur une note des plus lugubre.

Elle me narra par le détail, ses escapades amoureuses alors que je m’occupais de notre fils ou que je rangeais la vaisselle.

Avec des trémolos dans la voix, elle déclamait son amour pour l’autre et la déception que j’étais à ses yeux.

Je m’enfonçais à chaque reproche un peu plus sous terre, enterré vivant, appelant en silence au secours sans que personne ne me vienne en aide.

La chambre devint une chambre froide où les jours suivants, je survivais en songeant en des lendemains qui chantent.

Lors de son départ, elle était heureuse, légère en faisant ses valises sous mon regard embué et mon air désespéré.

Sur le pas de la porte, elle me fit la bise, au revoir mon ami !

Un dernier câlin à mon fils et c’était terminé !

Devais-je me jeter par la fenêtre ?

Me taillader les veines ?

L’homme aux Camellias, mort sur un air d’Opéra.

Non ! Un petit ange malicieux vint me bousculer et m’arracher à cette torpeur mortifère ?

Bientôt je danserai sous la pluie, vaillant Roméo aux multiples Juliette, plus vivant que jamais et me gaussant de ce passé de fumées.

Merci, Madame, d’être partie !

TexteProtégé
Copyrigh©2015
Ricardo SANTIAGO

Merci, Madame, d’être partie !

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