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Peut-être demain.

par chroniquesterriennes.over-blog.com 4 Octobre 2015, 18:19

Peut-être demain….

"Maman, nous n'allons pas faire cela ,"

Le réfrigérateur est vide, le compte en banque asséché, il grimace presque résolu.

Elle lui dit qu'il n'y pas d'autres solutions.

La période est pénible, dans l'autre pièce, il jette un oeil sur une cuvette orange, sa baignoire en plastique.

Le papier peint prend l'humidité par endroits, le lino est miteux, tout s'effrite, s'effondre et leur existence aussi.

Il est contrit d'être dans cet environnement sans confort, de porter des vêtements élimés, presque d'être vivant.

Il ne veut pas la suivre, il y a certainement une autre solution pour payer les factures ?

Sa mère se désole d'entrainer son fils dans cette galère.

Lui, coule, il devient maladroit, complexé, le voilà en morceaux.

Au lycée ses professeurs s'interrogent. ses notes plongent, il n'y a guère qu'en français qu'il réalise des prodiges.

Il invente des histoires, s'imagine sortir d'ici, à mille lieux de cet immeuble lézardé, de cette rue pouilleuse où prospèrent les dealers.

Un univers où il serait sûr de lui, où rien ne lui résisterait, où il ne se laverait plus dans cette bassine orange.

Il revient à la réalité, il faut y aller, il traine des pieds, fait la moue, il est mal à l'aise.

Ils descendent l'escalier en bois vermoulu, la rampe n'est jamais nettoyée, il évite de poser ses mains dessus.

Dehors, temps d'automne, un peu de fraîcheur et un manteau de grisaille au dessus des têtes.

Ils croisent dans la rue, Cécile, femme de 83 ans qui promène son horrible chien noir avec son aide à domicile.

Cécile, c'est sa deuxième maman, elle s'est occupée de lui lorsqu'il était malade.

Elle a perdu son fils il y a fort longtemps , il avait 20 ans lorsque mort l'a emporté.

Parfois, elle remonte le temps, se rappelant son enfant

Lui, c'est son fils de substitution, il va la voir, lui fait ses courses et ils discutent longuement.

Elle lui raconte d'anciens récits, ses yeux sont incroyablement bleus et brillent à l'évocation des jours heureux.

Elle déballe des photos jaunies de paysages surannés, de personnages disparus et son beau visage lorsqu'elle était plus jeune.

Il admire ses pommettes charmantes, son visage radieux, son air d'innocence et sa fraîcheur du temps des cerises.

Quelques fois, elle sanglote.

Il l'embrasse sans la heurter craignant de la briser, poupée de cristal.

"Où allez-vous ? demande-t-elle"

"Faire quelques courses, répond sa mère"

Ils se perdent loin, très loin, le plus loin possible pour que nul ne les voit.

Sa mère décide de s'arrêter dans une rue où il y a un peu de passage et sort ses castagnettes, instrument incongru pour les sauver.

Que doit-il faire ? Tendre la main ? Les castagnettes claquent, un homme s'arrête, intrigué.

Il les observe, se demandant pourquoi une femme et son fils se retrouvent, là, dans cette situation curieuse.

Pas question de demander l'obole, il cache ses mains, sa mère stoppe sa prestation, explique à l'individu qu'elle danse le flamenco.

Elle lui dit que c'est une artiste, qu'elle part parfois en représentation…Le type les salue puis s'égaye dans les dédales de la ville.

Ils se regardent un peu stupides, sans doute ne sont-ils pas très doués pour la mendicité, ils rient et retournent les poches vides chez eux.

Mais l'histoire, au fond, ne s'achève pas dans le drame.

Sa maman parviendra à les extraire de la désolation et sereines seront les années qui suivront ce pitoyable épisode de leur vie.

Texte Protégé
Copyright © 2015
Ricardo SANTIAGO

Peut-être demain.

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