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JE VIS ENFIN….

par chroniquesterriennes.over-blog.com 21 Février 2016, 16:06

Je monte quatre à quatre les marches de cet immeuble anodin du 8e arrondissement .

Le concierge m'a salué, il y a deux minutes, toujours aussi mal rasé, son chien a aboyé.

Dehors, rue des Dames quelques dames poussiéreuses qui captent la détresse.

Zola aurait eu de quoi s'inspirer dans les dédales sombres où parfois l'on croise des indigents sur des matelas.

Blottis, les uns contre les autres, le père, la mère et deux gamins.

La misère a des accents venus d'ailleurs, elle quémande quelques euros.

Je pourrai déblatérer des heures durant sur la pauvreté, les toilettes sur le palier, les cafards, la moisissure, le réfrigérateur vide..

Mais non ! Je suis léger, l'esprit aéré de toutes ces pensées malsaines et parasites qui nous empêchent d'avancer.

Mon bureau est vide, j'ai éteint la lumière, salué mes collègues qui dans mon dos ricanent.

Dans la rue, je me suis tenu bien droit, fier, pas le dos vouté comme ceux qui subissent trop.

Le vent faisait danser mes cheveux, le ciel était dans ses habits de deuil.

C'était étrange mais j'aimais chaque goutte de pluie, chaque gros nuage menaçant.

Rien ne paraissait altérer mon humeur joyeuse, j'adorais la vie, simplement, bêtement, d'une manière extatique.

Comme un enfant, je découvrais mille trésors que personne ne paraissait apercevoir.

Une gargouille juchée sur une corniche, un visage souriant figé dans la pierre, des anges bienveillants.

Là, je grimpe au Paradis, être égoïste, vivre pour jouir et ne plus se lamenter.

Ce matin dans le train, des récits qui tombent comme des pommes pourries d'un arbre.

Hypocrisie, méchanceté gratuite, individualisme, la nature humaine dans toute son horreur.

On m'a poussé, sans égard, je me suis écarté du troupeau et j'ai tracé ma voie, loin d'eux.

Chercher des coeurs purs comme on part en croisade pour un Dieu invisible et inaccessible.

Je frappe, deux coups secs, tu apparais, les volutes de ta cigarette tournoient gracieusement dans l'air.

Ton ordinateur est ouvert sur un bureau suranné mais sauvegardé des outrages du temps.

Un baiser, l'odeur du café qui parfume le salon, dehors l'orage fait trembler les volets, la tempête gronde.

Maestro du clavier, tu jettes des mots sur une page blanche, feu d'artifices de paroles somptueuses et romantiques.

"Il monte quatre à quatre les marches de cet immeuble anodin du 8e arrondissement "

On réinvente l'univers, on le façonne, on y narre des aventures douces et sans aspérités douloureuses.

Nous sommes loin du volcan, il est menaçant, impressionnant, terrifiant, il expulse une fumée qui nous étouffe.

Ici ? Tout est loisible, nous sommes inaccessibles.

Tes doigts cessent leur course, tu me saisis le visage, tu m'embrasses….

Ton souffle m'emporte sur des rives accueillantes, la journée sera décidément merveilleuse.

Je vis enfin...

Texte Protégé Copyright © 2016 Ricardo SANTIAGO

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