Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

AU FIL DES MAUX

par chroniquesterriennes.over-blog.com 3 Avril 2016, 07:01

Toujours le même rituel, sauf samedi et dimanche. Tu te lèves à 5 heures du matin et comme l'appartement est minuscule, je me réveille également. Au fond, Maman, ce n'est pas si grave. Dès que tu es partie, je sors de mon cartable, mes cahiers pour faire mes devoirs. J'essaie d'être appliqué, pour ne pas avoir de mauvaises notes. Il arrive qu’on me félicite au lycée. Pas pour les maths, je n'y comprends rien. Par contre en français, mes camarades me jalousent. J'adore les mots, je les décortique, mis bout à bout, j’invite mille histoires. Tu as tes problèmes d'argent, de travail, je me demande parfois si tu t'intéresses à moi. Maman, jamais tu ne me houspilles. Même pas quand j'aligne des zéros. Alors que le soleil ne domine pas le ciel, sur la table de camping, qui nous sert pour les repas et de bureau pour travailler, je prends la plume et griffonne sur mon cahier. Il était une fois, dans un endroit où le papier peint n'était pas déchiré, où le lino n'était pas éliminé, un lieu de bonheur avec une cheminée et un parquet chaleureux. Dans cet appartement aux murs immaculés, les chambres disposent d’une moquette moelleuse, soyeuse, ou parfois, je m'allonge et je fais le fou. Les fenêtres sont immenses, elles dominent Paris, ses monuments, sa splendeur. La lumière nous éblouit quand les rideaux ne sont pas tirés. Au plafond, trônent des lustres de Cristal qui me fascinent. C'est chez moi. Ma mère, a de hautes responsabilités, dans une grande entreprise et papa également. Sur une table basse, un vase dans lequel s’épanouit un bouquet de fleurs multicolores. Mes parents s'aiment. Dans cet univers, je suis un peu privilégié. Dans la cuisine spacieuse et aménagé, flottent des odeurs d'herbes fraîches, j'ouvre l'immense réfrigérateur, que choisir ? Il y a tant de délicieux mets à l'intérieur. Mon estomac ne gargouille jamais. Maman surveille attentivement mon éducation. Quelques fois, elle se fâche un peu. Surtout quand mon bulletin scolaire lui déplaît. Franchement, je préfère qu'on se préoccupe de moi. Ça veut dire qu'on m'aime. De temps à autre, le soir, sur notre banquette confortable, on regarde la télévision. Maman et Papa m'embrassent, disent qu'ils m'adorent. J’ai de la chance. Tellement d'enfants sont malheureux. Penché sur une table de fortune que j’utilise pour les repas et comme bureau....Je me réinvente une famille où les portes ne claquent pas, des fissures courent ici et là sur les parois fatiguées, nul ne lira mon récit mais cela n’a guère d’importance. « Laissez-moi rêver ! Laissez-moi dans mes mots, qui m’éloignent à chaque moment de mes maux ».

Texte Protégé Copyright © 2016 Ricardo SANTIAGO

AU FIL DES MAUX

Haut de page