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LA DERNIERE BALADE, PLACE CLICHY

par chroniquesterriennes.over-blog.com 3 Avril 2016, 07:22

Place Clichy, le ciel est chargé de gros nuages gris, immenses boules de coton qui me désespèrent.

Je croise quelques prostitués sinistres qui arpentent sans grande motivation des trottoirs où se côtoient bobos mal embouchés et prolos pressés.

J’ai la sensation d’être transparent, un ectoplasme perdu dans la foule.

Combien de fois suis-je venu ici ?

Le cœur battant pour aller la rejoindre dans sa tour.

C’était une princesse vulnérable qui embrassait de ses grands yeux verts l’environnement décrépit de ce quartier.

Egarée dans ses pensées, elle avançait légère, faisant danser les volutes de ses cigarettes.

Les années ont assombri mon âme de tant de désillusions et de combats perdus.

Les enfants ont grandi trop vite, je ne suis plus le centre du monde, effacé de leurs pensées, certainement.

J’ai vendu la grande maison, je m’y sentais perdu avec tous ces souvenirs qui me faisaient tant de mal.

Aujourd’hui je vis à Paris, je vais mourir, là où je suis né, la boucle est bouclée.

Mon existence a été une suite de rencontres plus ou moins heureuses, de draps froissés et de maitresses qui ne font que passer, le temps d’échanges trop brefs et pour tout dire, sans amour.

Mais elle, je ne l’ai jamais oubliée…Ma passion a rejoint les anges comme elle les appelait.

Des images m’assaillent, brutalement, de baisers brûlants, de caresses torrides, de cheveux en bataille.

Sa longue silhouette alanguie sur ce grand lit, ne cessait de me demander toujours plus d’amour.

Pour ne pas me perdre, parfois, je faisais l’enfant insolent, le vilain qui n’aime pas, le diablotin sordide qui adore voir les autres souffrir.

Mais ce personnage cynique ce n’était qu’une armure pour me protéger de souffrances que je devinais peu à peu se dresser sur mon chemin.

La belle dame, ne comprenait rien, elle s’offusquait, pleurait puis suppliait que je la serre tout contre moi.

Je ne savais plus aimer à force d’avoir été trop délaissé.

Je m’installe sur un banc, le temps a eu raison de moi.

Terminé le pédant qui s’imaginait immortel.

Je porte sur moi les stigmates des heures assassines.

Dans la foule, je crois l’apercevoir, je sanglote, le ciel, bon compagnon m’accompagne dans mes lamentations.

Sa présence, un baiser, un frisson, une lumière et une brutale obscurité, je suis délivré, enfin, de ma prison sur cette terre.

Je vole vers elle, pour lui demander pardon….Déployant mes ailes.

TexteProtégé
Copyrigh©2016
Ricardo SANTIAGO

LA DERNIERE BALADE, PLACE CLICHY

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