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LE RETOUR

par chroniquesterriennes.over-blog.com 24 Avril 2016, 15:52

Le tapis d'eau a de délicats reflets d'argent,  ondoyant et filant au loin.

Où est-il ?

Comme un rêve dont on a oublié les images, il cherche au fond de sa mémoire des bribes de souvenirs qui le rattacheraient à ce lieu.

Il avance sur un ruban d'asphalte, le tableau est idyllique.

Quelques collines se découpent au loin, des champs de blé et de colza teintés de brun et de jaune courent à l'infini.

Des abeilles butinent des fleurs qui dansent entrainées par une main invisible.

Un corbeau sautille sur un chemin de terre qui conduit dans une forêt profonde.

Il balaie ces étendues d'un regard d'enfant découvrant un paysage magique.

Un clocher pointe vers les nuages, il est dans un village aux maisons charmantes mais sans vie.

Un décor en éclipse un autre, un peu trop brutalement, ses oreilles bourdonnent, la tête lui tourne

Il avance inquiet, à sa droite, l'entrée d'un lotissement,  son coeur est lourd, malheureux, sans en connaître la raison.

La première maison, c'est la sienne.

Elle n'a pas l'aspect rutilant des jours joyeux, la grille à l'entrée est rongée par la rouille, les herbes folles ont envahi le jardin.

Sa gorge est nouée.

Les volets sont écaillés,  battant contre les murs lézardés.

A travers les fenêtres béantes, un spectacle de désolation transpire.

Un vieux fauteuil dévoré par l'humidité trône au milieu du salon.

Sur les vieilles lattes du sol, des papiers frémissent comme des êtres vivants.

Sinistrement, pend une ampoule au plafond, une odeur de pourriture agresse ses narines.

La porte n'est pas fermée, il pénètre dans cet endroit de cauchemar.

Un môme rit, une gamine court dans l'escalier, une silhouette apparaît, c'est son épouse.

Lui est sur la banquette, un peu allongé, feuilletant une revue.

La petite s'approche, fatiguée, elle quémande un câlin.

L'ambiance est chaleureuse, doux foyer où crépite un feu dans la cheminée.

Pourquoi surgissent soudainement ces images ?

Des larmes salées roulent sur ses joues, il se souvient.

Il s'effondre sur le sol, prends sa tête entre ses mains, hurle dans un silence morbide.

La nuit n'était pas constellée d'étoiles, la pluie n'avait cessé de tomber.

La famille avait passé une bonne soirée avec des amis.

Maintenant, ils devaient rentrer, un peu ivre, euphorique, il prit le volant. 

Les enfants étaient épuisés,  sommeillant sur la banquette arrière.

Son épouse se trouvait à ses côtés, les phares éclaboussaient les ténèbres.

Après ? Il ne souvient plus, ne contrôlant plus rien.

Des cris qui déchirent l'habitacle, la ferraille qui se broie, un bruit terrifiant. 

Son amour s'approche, avec cette féminité, cette grâce, qu'il aimait tant.

Elle parait glisser, plus que marcher.

"Tu es venue comme tu me l'avais promis, lui dit-il"

Tendrement, elle efface ses larmes, l'embrasse, le prend dans ses bras.

"Ici, tout est possible, les spectres d'hier n'ont pas leur place" murmure-t-elle.

Les haies de lauriers qui jetaient des ombres inquiétantes laissent passer une lumière réconfortante.

Il se frotte les yeux, la maison a retrouvé sa patine d'avant.

Les voici enfin réunis pour l'éternité.

Fièrement le cerisier se dresse laissant tomber des confettis blancs.

Les enfants jouent dans le salon, il est plus vivant que jamais.

L'agent immobilier est un peu gêné, il n'ose pas avouer au couple qui se tient à ses côtés, l'histoire de cette demeure.

Il n'en tirera pas grand chose de cette vente.

Alors qu'il s'éloigne avec les acheteurs, il croit voir dans un recoin, un visage étrangement apaisé.

Mieux vaut ne pas parler d'histoires de fantômes.

Pourtant, sortis de nulle part, il entend des rires d'enfants qui lui glacent le sang.

Texte Protégé Copyright © 2016 Ricardo SANTIAGO

LE RETOUR

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