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REVERIES

par chroniquesterriennes.over-blog.com 2 Août 2016, 20:31

Je m'ennuie…. Rien à faire ! Pas la moindre volonté, si ce n'est d'assister à la danse monotone de mes poissons rouges. Je décide de me promener dans les bois, pendant que loup n'y est pas ! Un long ruban d'asphalte sur lequel je chemine, tranquillement, me pousse vers la dense forêt. Sur une sente s'égarant entre les arbres, dévorée par la pénombre, je glisse vers cet enfer vert, mystérieux. Les feuilles bruissent, elles semblent chuchoter tandis que des ombres s'étirent, pareilles à d'inquiétants fantômes. L'astre solaire transperce le feuillage de ses glaives de feu, m'offrant enfin une luminosité rassurante. C'est ma solitude que je traîne, l'humeur maussade, sans plus guère d'illusions. Un lièvre, sur son séant, m'observe sans la moindre crainte; il me nargue de son regard malicieux. J'approche, il s'éloigne en bondissant, se perdant bientôt entres de fluets arbrisseaux. Les branchages s'écartent, doucettement, apparaissent des marcassins, des sangliers, des biches, des cerfs... Dès lors, toute cette faune m'entoure. Devrais-je en être effrayé ? Nul crainte ne vient secouer mon corps, rien ne me pousse à la fuite. Un daim relève la tête, il me fait fondre avec son regard tendre. Je pose ma main sur sa tête, le caressant sans brusquerie. Les bêtes s'écartent. Poursuivant mon périple, je me retourne, mes sylvestres amis ont tous disparu ! Je déboule maintenant, faisant face à un étang aux eaux opaques, non loin siège une sombre bicoque. Attiré inexorablement vers cette drôle de mansarde, j'avance, un rien rétif... Les grenouilles m'accueillent gaiement par leur croassement; des libellules exécutent, pour mon seul plaisir, une bien jolie chorégraphie. Sous mon poids, les brindilles se lamentent tristement. La masure est pourvue d'une misérable porte que je pousse délicatement, pour ne pas risquer de la voir tomber en poussière. Au milieu de quatre murs lépreux se dresse un lit à baldaquin. Une poupée au teint de porcelaine semble semble s'y être endormie à tout jamais... Quelques pas, je suis près d'elle, mon coeur s'emballe, j'effleure du doigt sa peau de satin. Dans ce décor sinistre, sa beauté apporte une touche étrange, décalée, surréaliste. Un bijou dans un écrin d'oripeaux... Comme dans les contes de fées, devrais-je m'approcher ? Devrais-je déposer un baiser osé pour espérer la réveiller ? Mes lèvres frôlent les siennes, une fois,deux fois... Rien n'a d'effet, elle ne sort pas de sa torpeur. On tire sur mon bas de pantalon. Que vois-je ? Un hérisson adorable dont je comprends étonnamment le langage. Je le soulève sans heurts, l'approche de cette fleur qui sommeille. Une des épines de mon nouveau compagnon s'enfonce, en douceur, dans le pouce de cette princesse des bois. Trois gouttes de sang choient sur le sol en terre battu qui, comme par magie, s'habille en un instant de dalles blanches; les murs, désormais, revêtent de nobles pierres et de larges fenêtres. Adieu planches pourries ! Au dessus de nous, d'imposants lustres de cristal décuplent la lumière. La cabane se métamorphose, sous mes yeux éberlués, en un somptueux palais ! La belle entrouvre, petit à petit, les paupières, découvrant deux somptueuses émeraudes. Ses lèvres, couleur fraise des bois, laissent apparaître une rangée de perles. La pluie frappe aux carreaux. Toc ! Toc ! Mes compagnons aquatiques tournent en rond; sur le fauteuil, je m'étais assoupi. Le retour à la réalité me donne le vertige, malgré les nuages qui larmoient, je m'autorise une balade. Sur l'étagère trône la photo de mon amoureuse, disparue comme un souffle de vent. La voici qui m'interpelle. Moment d'émotion, gorge serrée, roulent, roulent, " larmes de fond ". J'enjambe les flaques sur le trottoir, au loin la forêt m'attend, je cours pour la rejoindre, enfin !

Texte protégé Copyright © 2016 Ricardo SANTIAGO

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