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À VENDRE 

par chroniquesterriennes.over-blog.com 26 Mars 2017, 09:29

J'écris à cent lieux de ce lotissement où les déchirures, les cris, les haines  ont fait place à un néant d'amour. 

À vendre ! À vendre ! Des pavillons préfabriqués par dizaines,  abandonnés par des familles entières. 

Mon village est  un endroit traversé par des fantômes traumatisés. 

Je me souviens, année 1996, maman et ma sœur Geneviève étaient encore de ce monde. 

Petit Thomas sous le bras, valises, meubles, babioles, main dans la main, le bonheur se trouvait-il dans cette maison toute neuve ? 

Sans doute était-il dans le pré tout près ! 

Le Jardin fut agrémenté d'herbe, d'arbres, de haies de laurier. 

Planter ! Planter ! Avant de se planter ?

Train du matin pour cheminer vers le turbin, train du soir, espoir ? Nous étions jeunes , beaux, plein d'avenir ! 

Un jour où le printemps se profilait, un ange au nom de fleur est apparu, c'était notre fille, Rose ! 

Luc, mon fils, fruit d'un amour de jeunesse dont il ne restait  que des ruines fumantes, nous rendait visite  une semaine sur deux.  

Ado lassant, adolescent, vecteur involontaire de frictions indélébiles. 

Ado (rable), quand même ! Quand on aime ! 

Les saisons passèrent ! Les trains gris qui fonctionnaient au diesel ne nous enfumèrent plus ! 

Place à d'autres plus modernes.  Plein ! Plein de monde ! 

Population en croissance exponentielle !  Pré urbains, pas nécessairement urbains ! 

Les gamins, effrayés, amusés, se délectaient du spectacle  des parents  faisant voler la vaisselle. 

La passion d'hier fit  place à une indifférence polie. 

Les ébats se projetaient ailleurs, à des distances respectables  des homes de papier ! 

Collection de poupées d'argile ,  amourettes  de cristal qui finissaient dans d'odieuses souffrances. 

Enchaînement de rencontres, sexe dans les petits coins, coins ! 

Ébauche amoureuse,  relations boiteuses comme les canards ! Maman avait rejoint l'au-delà un 11 novembre, il pleuvait,  forcément ! 

Geneviève l'avait précédée, quelques mois plus tôt ! Au secours ! À l'aide ! 

Mon cœur était en charpie ! 

Des perles d'affliction roulaient le long de mes joues, rejoignant les entrailles de la terre. 

La bobine du film s'emballa,  les amants d'hier s'ignoraient, se tournant le dos dans le grand lit glacé ! 

Le pavillon se vida , désert à tous les repas !  

Devenus des étrangers, mon  couple en lambeaux rêvait des caresses passées,  des plaisirs  qui transcendaient avant de s'éteindre à tout Jamais ! 

Où se nichait, désormais,  le mode d'emploi pour s'aimer ? 

Une grande âme surgit dans cet univers chaotique ! 

Altière, elle m'offrit mille promesses de sentiments nobles. 

Dans des alcôves surmontées d'étoiles, nos corps étaient langoureux, frissonnants.  

Les voyages le long de ses jambes de satin laissaient entrevoir des extases illimitées. 

À sa source, l'éternité était à portée de la main. 

L'avenir s'annonçait prometteur sur les hauteurs, lorsque, du regard nous embrassions l'avenir.

Page après page, nous couchions sur des cahiers, la narration de nos nuits passionnées. 

Cependant, se mourrait l'autre existence.  

Combattant de mes interrogations intérieures, je  traversais les tranchées de mes échecs . 

Pour survivre,  je plongeais dans la pénombre réconfortante de l'église Saint Jean. 

Tête à tête avec le Seigneur pour que mon âme tourmentée soit par la lumière céleste, caressée. 

Ensuite ? Rejoindre la Diva, encore et encore ! 

Et maintenant ?  La famille est dispersée  ! 

Pour remonter les années , j'ouvre des albums photos fatigués. 

Un mariage et plusieurs enterrements ! 

Draps défaits, mélodie des illusions, amertume des désillusions !  

À vendre !  À vendre ! Un dernier regard, une dernière grimace, une ultime douleur lorsque telles des feuilles d'automne qui tourbillonnent, s'arrachent de nos mémoires les souvenirs froissés.

Texte Protégé 
Copyright © 2017 
Ricardo SANTIAGO

À VENDRE 

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