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LES CHRONIQUES DE RICARDO 257

par chroniquesterriennes.over-blog.com 18 Septembre 2019, 18:47

 

J’ai mis en terre mes deux gros orteils, il y a quelques jours.

Enterrement de première classe.

Le curé était ému, mes orteils en deuil, bref une journée triste à mourir.

Tout ça à cause de brutes épaisses en crampons qui ont écrasé mes fidèles compagnons.

Heureusement ! Il y a Findus, Vivagel et Picard !

Merci à mes sponsors ci-dessus cités, ça me permet de vivre de mon art (l’écriture).

Où en étais-je ?

Nonobstant ce léger souci de deuil inhérent à ma nature sensible, tout va bien, les progrès de la science m’aident à supporter cette perte douloureuse.

Il m’a été greffé deux orteils bioniques.

Les presque mêmes qu’avant mais en mieux…

Bioniques, quoi….

Grâce à eux, je fais des bonds de plusieurs mètres.

Au foot, mes tirs transpercent les filets.

L’homme qui valait trois milliards mais en euros.

Je cours à la vitesse supersonique, je prends mon pied et me venge en ecrabouillant les harpions de mes anciens bourreaux.

Le soir, pieds en éventail, mes gros orteils en plastique imitation chair humaine, passent presque inaperçus parmi les autres.

Admirable talent de la science.

Bonheur absolu.

Dans la pénombre, ils brillent comme des gyrophares. Les soirs de fête nationale, ils crepitent et joue de la musique.

C’est rassurant et cela m’endort de les admirer.

Je plonge ensuite dans des chimères où grouillent des milliers de gros orteils, où Fred Astaire danse sous une pluie d’orteils, ou des orteils attaquent en piqué des militaires surarmés…

Les progrès de technologie vont tellement loin que mes gros orteils sont doués de pensée et qu’ils parlent.

Parfois, nous discutons philosophie des heures entières.

Ils aimeraient être autonomes et partir bien loin à l’aventure.

Manque de bol, ils sont soudés à moi et hop ! Cachés sous les chaussettes de laine qui les protègent du froid.

Finalement nous sommes comme cul et chemise, si je puis dire, inséparables.

Je commence vraiment à les aimer et à oublier ceux que j’ai enterrés.

Un sacré pied de nez au destin et à ses footballeurs crétins qui me les ont agressés.
Bien fait ! Y a une justice et pis c'est tout.

 

Ricardo Santiago, le 17 septembre 2019

 

 

LES CHRONIQUES DE RICARDO 257

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