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LES CHRONIQUES DE RICARDO 295

par chroniquesterriennes.over-blog.com 27 Octobre 2019, 10:20

Suite et fin Glauque François.

Gare du Nord, direction le bassin minier flamand.

Dans les couloirs du TGV, mes danseuses s’entrainent pour être totalement au point.

Les sabots que nous avions utilisés pour notre premier show ont été remplacés par des charentaises.

Je perçois mes cariatides plus à l’aise, plus gracieuses, moins godiches. 

Mes cheveux ont été teints en blond pour me donner un style nordique (James Blond 007 avec mon gros pistolet). 

Arrivée à destination chez les mineurs qui restent des adultes, mais de grands enfants néanmoins.

Accueil chaleureux sur le quai que des gueules noires, marabouts, vendeurs de marrons chauds et autres, ont investi pour nous accueillir. 

Avec leurs casques sur la tête et leurs lampes torches, ces fiers travailleurs nous aveuglent complètement. Les Glauquettes s'affalent, la lumière s'éteint brusquement dans un bruit de verre cassé.

Pour l’occasion, Georgette Lemaire, Mireille Mathieu, Mylène la fermière, Patachou et Dorothée (pour les mineurs pas mineurs) ont été conviées. 

Mireille secoue depuis plusieurs heures sa tête comme si elle avait mis ses doigts dans une prise de courant. Certains la guettent en espérant qu'elle va faire un tour complet comme dans L' exorciste.

Elle vocifère ses vieux tubes et terrifie les mouettes. 

Avant le show nous sommes conviés dans un restaurant à déguster quelques plats de la région :

De la flamiche au maroille, du welsh, de la fricadelle, de la carbonade flamande, du coq à la bière, des chicons au grain et des moules-frites tout cela arrosé copieusement d’alcool du coin.

L’ambiance est joyeuse avec en musique de fond et en boucle, Les corons de feu Michel Bachelet. 

Gavés et bourrés, les artistes que nous sommes partent titubants jusqu’à la salle de concert. Tous excepté les Glauquettes qui, habituées aux festivités briades, savent se tenir à table sans cracher sur la tisane. Leur teint vermillon s'accorde à merveille avec les carreaux de leurs tabliers.

En préambule de notre exhibition, Blanche Neige et les sept nains (bah oui ! Les nains travaillent aussi à la mine).

Elle chante comme une seringue, mais elle est bien faite, des oiseaux tourbillonnent au-dessus d’elle et ses copains demi-formats tirent la langue bêtement.

En coulisses, nos stars des années 70/80 sont malades ne supportant pas les boissons alcoolisées. 

Mireille qui toujours s’ébroue est prestement noyée dans le vomi de ses camarades qu'elle avait entrepris d'insulter, prise qu'elle était par son syndrome Gilles de La Tourette

Néanmoins, ses spasmes perdurent. C'est curieux et ludique à la fois. On perçoit les vibrations dans le plancher. Quand on est assis, ça fait des chatouilles au derrière.

C’est à nous !

Sauts à gauche à droite, en godasse, mes Glauquettes sont formidables.

Dans la pénombre, impossible de distinguer les gueules noires.

On entend, cependant leurs sifflets d’enthousiasme nimbés d’une agitation presque indéfinissable.

Après une chanson populaire qui chauffe la salle d’une manière disproportionnée, nous sommes obligés de nous éclipser prestement laissant notre place à une Georgette Lemaire ivre au teint verdâtre.

Elle bêle, bêle, bêle comme le jour avant que les travailleurs des sous-sols lui répondent en échos : "Si nous avions un marteau…" la suite ne laissant aucun doute sur l'avenir qu'ils lui réservent 

Ni une ! Ni deux ! Tous nos vaillants spectateurs se sauvent devant l’odieuse prestation de Georgette qui s’emmêle les pieds dans le micro et s’effondre pitoyablement. 

Silence d’outre-tombe dans la salle désertée.

Au même moment, Mireille trépasse en secouant ses membres sur le sol et en hurlant « Non ! Je ne regrette rien !!! » Sous le regard goguenard de Dorothée qui fricote avec les nains. 

Quelle soirée !

Finalement, je m’interroge sur ma volonté de poursuivre une carrière artistique.

Mes danseuses ronflent au fond d’une arrière-salle et Blanche Neige me fait de l’œil.

J’achève la soirée en charmante compagnie, c’est déjà pas si mal. Finalement, artiste, c'est trop prenant. Maquereau peut être...

Ricardo Santiago le 23 octobre 2019

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