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LES CHRONIQUES DE RICARDO 296

par chroniquesterriennes.over-blog.com 27 Octobre 2019, 10:21

La porte du train s’ouvre, ils me passent tous devant puis, se jettent sur leurs portables, confortablement installés sur des banquettes souillées et élimées.

Je n’existe pas, sans doute suis-je mort.

Parfois, au travail, cette même sensation m’envahit.

J’entends des bonjours en écho, puis, plus rien, je disparais, on ne me voit plus.

Alors, je monologue avec Dieu qui ne me répond jamais, mais c’est Dieu.

Dans un bureau sans lumière, je travaille sur des informations qui deviennent vite complètement obsolètes.

Ensuite, j’essaie qu’on me remarque, fais du bruit, parle fort dans les couloirs, discute avec les courants d’air.

A la cantine, c’est plat principal et désert.

Je glousse.

Pourtant, ils semblent tous présents par petits groupes à se taper sur le ventre sans m’apercevoir.

Dehors, les passants me bousculent, me roulent dessus, me malmènent comme ce matin dans le métro et, juste avant, dans le train.

Les androïdes que je croise sont enfermés dans une bulle.

Une prison qu’ils ont eux-mêmes construite et qui les coupe du réel. 

Pour digérer, je vais jusqu’à l’église Saint-Jacques.

J’y suis bien avec les autres fantômes.

Retour dans les locaux, boulot, dodo.

Les minutes, les heures défilent comme à la parade.

Nul n’est venu me déranger.

Mais de retour à la maison, j’écoute les perruches qui caquètent, les poissons rouges qui bullent, le chien qui remue la queue et Jeanne qui va de liane en liane. Tous se réjouissent de mon retour.

Je retrouve de l'épaisseur, de la chair, du souffle.

Puis, demain, l’histoire se renouvèlera, les robots m'écraseront, j’ai l’habitude et hop ! Ils plongeront dans leurs téléphones et je les regarderais, debout. 

Moi, ma rumba dans l'air et mon costume de travers, au fond plus vivants qu'eux.

Ricardo Santiago le 23 octobre 2019

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