Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Les samedis

par chroniquesterriennes.over-blog.com 26 Juillet 2011, 06:08

 

C'était sans doute une mode à l'époque, les coups de règle sur les doigts. Je m''impatientais sur les bancs de l'école, le maître dispensait son cours et je me tenais à carreaux pour ne pas recevoir ces fameux coups.

Dehors, il y avait plein de vie, la forêt non loin, les écureuils curieux, sans doute, des lièvres, plein d'animaux, d'insectes, de vie et moi je rêvais assis, tranquille pour ne pas avoir à subir la douleur de ces coups de règle.

Nous étions si nombreux, ils nous manquaient quelque chose, un élément que d'autres avaient la chance d'avoir et dont nous étions privés.

Je me disais qu'ils avaient bien de la chance, eux, ils ne se rendaient pas compte à quel point nous étions malheureux.

Dans la cour de récréation, nous étions loin des réprimandes, pas trop éloignés cependant, la menace était toujours présente.

Nous étions à ce point mauvais ? Ce qui nous faisait défaut, c'était ce petit supplément qui rend les gens heureux et épanouis.

Nous ne pouvions pas trop nous plaindre, la chicoré du matin insipide, la nourriture en commun, au moins nos assiettes n 'étaient pas vides.

Le soir, ces grandes fenêtres, un peu inquiétantes qui nous écrasaient, ses rideaux pesants, et ces absences. Ces sabres de lumière qui pénétraient, le matin dans ce dortoir immense aux lits alignés.

Le samedi, la même complainte sinistre et triste, certains s'en allaient, on ne les avait pas oublié, ils souriaient pour un temps , les autres se sentaient brusquement seuls et abandonnés.

Puis la farandole folle de la vie continuait sa marche, les yeux brillants, attendre le samedi, loin, loin, partir enfin, fuir ces longs couloirs sinistres, les dortoirs sombres... « Alors ? C'est quand que tu viens me chercher ? », « ici je ne me sens pas aimé», même dans un petit endroit je ne demande pas grand chose, un lieu sans coups de règle, tu sais un coup de règle ça fait mal ». « Si nous nous retrouvions ? ».

Samedi arrive, loin des dalles moires et blanches, du lourd escalier qui grimpe vers je ne sais quel enfer, loin, loin, pour quelques instants...

Un jour je partirai enfin, sans me retourner, j'aurai tant voulu me construire dans un nid douillet, avec lui et toi. Ca sera sans lui avec toi,un peu, mais j'ai déjà un peu grandi et tu n'étais pas là. Dommage, pour moi ça ne sera jamais comme tant d'autres, c'est ainsi c'est la vie...

 

Ricardo SANTIAGO le 26 mars 2011

commentaires

Haut de page