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Semaine, samedi et fin

par chroniquesterriennes.over-blog.com 26 Janvier 2013, 14:10

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Lundi…Je vais au boulot en chasse neige, je mets 6 heures à avancer sur l’A4. Je me suis habillé en père Noël et j’ai laissé pousser ma barbe. 

Il neige encore et encore, je dégage le chemin comme je peux pour aller au boulot, balançant de la neige à droite et à gauche.

Les secrétaires poussent des cris d’effroi en me voyant, je suis tout bleu, j’ai des engelures partout et mon accoutrement ne doit rien arranger.

Je tape avec mes doigts gelés sur le clavier en sirotant du café.  Le nez rouge, je vois mon horrible reflet sur l’écran de l’ordinateur.  Terrifié, je me réfugie dans les toilettes.

Je passe la journée ainsi à ne rien faire si ce n’est à grelotter dans un silence de mort.

Mardi…Je grogne comme un vieillard en regardant par la fenêtre les flocons danser dans la pénombre. Je n’allume surtout pas la télé, de peur d’écouter des informations qui vont me pousser au suicide. 

Je vais nourrir mes canards, mes cochons, mes brebis, mes poules. Aujourd’hui, malgré tout, est un grand jour. M6 vient à la ferme. L’amour est dans le pré, les producteurs de cette émission m’ont sélectionné.

Cela fait 20 ans que je m’use à la tache sans chercher une femme, 20 ans que je n’ai pas fait l’amour, je suis une cocotte-minute sous pression. Mais  me direz-vous, tout cela n’a rien à voir avec le début de l’histoire. Et alors, je suis Maître de mes écrits.

Mercredi. Je me suis limé les dents, je n’ai pas lavé mes cheveux depuis un mois, d’ailleurs ça fait des mois que je ne me nettoie plus pour préparer ce grand moment. Je me suis habillé comme un paysan, pantalon élimé, chemise à carreaux et gros godillots.

Naturellement, j’ai laissé mon rasoir de côté et c’est les traits tirés, les joues creusées, l’allure d’un mort vivant que je vois débarquer les gens de M6.

Sur le coup, ils ont un regard effrayé puis je sens bien que je les intéresse.

L’animatrice met  un mouchoir sur le nez avant de m’interviewer. 

Pas une mouche ne bouge, elles sont toutes mortes. On me filme de loin. Je sens (enfin !  Façon de parler) que je vais devenir une vedette.

Je leur dis que j’ai des dons pour la cuisine, que n’avais-je dis là.

Jeudi, des types avec leur toque sur la tête débarquent, c’est les chefs cuisiniers  de Master Chef.

Je leur cuisine des œufs au plat et des épinards en boite, ils trouvent cela délicieux.

M6 revient avec une femme, pour me la présenter car j’ai été sélectionné pour l’amour est où vous savez.

En me voyant, elle hurle et s’enfuit, poursuivit par les gens de M6.

Les Chefs cuisiniers ont chopé une fidèle gastro, j’observe la date limite des épinards, 2 juin 1997. Ils sont c’est vrai passés de date.

Vendredi. J’ai eu le malheur de parler de mon don pour jongler avec des cochons, c’est un chanteur blond  et ses comparses « d’incroyable talent » qui frappent à ma porte, cette fois ci.

J’évite de leur refiler à manger. Je leur montre mon talent. Je prends un cochon et je le balance en l’air, puis un second et un troisième…Et les voici au-dessus de ma tête. Les invités sont admiratifs.

L’ex vedette blonde s’effondre dans la boue.  Troublé je laisse tomber les cochons qui s’écroulent  sur le jury de la France à….

Les porcs courent contrariés dans tous les sens, le jury s’emballe devant ce spectacle apocalyptique.

Toute la ferme est en panique, poules et coqs qui s’affolent, chevaux qui hennissent, vaches, veaux aux yeux exorbités.

Le jury est piétiné par une horde d’animaux hystériques à cause ces stupides cochons qui eux se complaisent dans leur étang insalubre, désormais, avec un air de se moquer de nous.

Titubant, agonisant, rampant, je vois s’éloigner les trois compères, ce n’est pas demain que je vais passer à la télé. 

Samedi, l’amour est dans le pré réapparaît, décidément. La femme qui me voit, se déverse de l’essence dessus et s’immole, c’est très joli et le cameraman n’en loupe pas une.

C’est un peu dommage car je m’étais lavé les dents et le reste.

La nuit tombe, je mange ma soupe, dans un silence sinistre.

Je suis seul, personne ne m’aime, tout le monde m’ignore. Si mes animaux m’apprécient c’est que je leur file à manger.

Je sanglote sous l’ampoule qui brille tristement. Dehors la neige refait des siennes.

Mon seul spectacle ce soir, cette neige et le paysage sans relief qui s’étend à l’infini.

Le parquet grince. Je sais. J’éteins la lumière.

J’éteins la lumière à tout jamais.

  Ricardo SANTIAGO le 26 janvier 2013

 

 

 

 

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