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AU BOUT DE LA VOIE FERRÉE

par chroniquesterriennes.over-blog.com 29 Juin 2018, 03:58

J'erre, abasourdi, étourdi, fourbu, sous le poids d'images vieillies. Elle me suit, constamment, m'a juré de ne jamais m'abandonner. Aujourd'hui, sous un ciel clément, je n'attends plus rien. Combien de kilomètres ai-je parcourus ? Le paysage s'est mué en un environnement étranger, un peu anxiogène. Les maisons alignées ont fait place à une forêt impénétrable et mystérieuse. Et, au bout d'un chemin de terre, cette voie ferrée où des herbes folles prospèrent. Ton souffle sur ma nuque, je le perçois, tu m'accompagnes, tu me rassures. Sur ce ruban de rouille et de bois pourri qui s'enfuit vers l'infini, mes pas se perdent. Dans ma poche, mon portable muet depuis des lustres est jeté au loin. Qui me regrettera ? Chacun vaque à ses occupations, chacun se fourvoie dans la frénésie. Mon esprit dessine ton visage serein contre mon coeur. Tes yeux brillent d'une intensité bouleversante, tu vas t'envoler, je te serre plus fort contre moi. Tes cheveux soyeux glissent entre mes doigts, je t'embrasse une dernière fois. Ils sont témoins de notre adieu, silencieux, n'osant pas nous déranger. La complainte maussade des récits qui se lamentent berce mon coeur écorché. J'ai versé toutes les larmes de mon corps , tenant ta main, ne voulant pas la lâcher. Quel sinistre décor ! Ces rideaux de pluie, ces ultimes prières. Allongé sur notre lit, alors que l'atmosphère était glaciale, je t'ai entendue. Tu m'as confié des missions afin que je puisse m'en aller la tête haute. Le son de ta voix, grande dame, a réchauffé mon âme. Quelques années durant, je fus un père aimant et un ami sincère. En retour, je n'espérais rien. Avant de m'éclipser, j'ai écrit quelques petits mots sur un papier immaculé. D'une écriture tremblotante et maladroite, je leur ai dit "Je vous aime ". Tout simplement. J'ai fermé la porte à double tours, mes pas résonnaient sur le trottoir. Quelques voisins m'ont salué au petit matin, les vieux font toujours pitié. Quelles sont ces lucioles qui dansent dans les ténèbres ? Subjugué, j'admire ce ballet, les feuillages frissonnent, je me sens léger. Nulle douleur, désormais, j'ai vingt ans , je suis vigoureux, je revis. Au bout des rails une lueur m'aveugle. Quelqu'un dépose un baiser sur mes lèvres. C'est toi ! Un peu plus loin, des silhouettes troubles nous épient. Je sais qui vous êtes… Ils frappent désespérément à la porte. Après des mois sans se préoccuper de moi, soudain, leur intérêt s'éveille. Je les vois mais pas eux. mon enveloppe charnelle est vide, mon émanation s'éloigne….. Tu me serres tout contre toi, nous n'allons nous aimer pour l'éternité. Texte ProtégéCopyright © 2018 Ricardo SANTIAGO

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