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La forêt

par chroniquesterriennes.over-blog.com 28 Juillet 2017, 08:10

La forêt

Chère amour, tu parais courroucée, je m'éloigne des chamailleries qui se profilent.

Mon compteur à embrouilles est saturé, n'aspirant qu'à la quiétude, mes pas s'éloignent de notre alcôve.

Les chemins d'écoliers aux bords fleuris m'entraînent vers des forêts denses et comminatoires .

Je fuis la civilisation, ses soubresauts imprévisibles, cette violence contenue prête à nous exploser à la figure.

Les esclandres, les mots qui meurtrissent sont des compagnons d'infortune dont on se passe volontiers.

Abattu, perdu, désorienté, impossible de stopper cette marche vers l'inconnu.

Les villages défilent, vides, ne subsistent que des fantômes muets.

Ici et là, s'alignent des pierres tombales qui parfois ploient sous des forces invisibles.

Sur des sentes, parmi les arbres centenaires, mon esprit trouve refuge dans la quiétude d'une végétation qui me dévore.

Sur une pierre amoureusement étreinte par une mousse confortable, je me pose.

Des champignons se nichent dans des recoins brumeux, les branches tressaillent, la vie vibre sous mes pieds et dans les airs.

Mes pensées vagabondent vers ce studio au papier décollé où maman préparait les repas.

Au premier étage, Cécile et ses quatre vingt printemps, songe à son enfant parti trop tôt.

Je dévale les escaliers pour rejoindre mes copains d'adolescence.

Filles fraîches aux joues roses, mauvais garçons, odeurs d'épices, profusions de couleurs d'ailleurs.

Belleville, mon quartier et ses titis parisiens aux accents pointus, subsistant comme des animaux en voie d'extinction.

Je gagne cinq francs en baladant l'horrible chien de Cécile.

C'est loin trop loin, tout ça !

Amours éphémères, baisers dans le cou, étés coquins, la vie est belle.

Des morts pour la France, morts dans l'anonymat, deuils, grandir, ployer et trouver soudainement l'existence moins attractive.

Jalousies, concussions,mesquineries, collègues, voisins, gens du quotidien.

Bousculé, piétiné, épuisé, les enfants éloignés, amours flétris, tu as gagné ta solitude en espérant l'éternité.

Puis, mon Ange est arrivé, avec ses mots bien emballés.

Grande Dame aux gestes amples, distinguée, lettrée, bien élevée.

C'était un moment où je comptabilisais les désenchantements.

La légère, si souvent possédée par tant d'étrangers avait fini par être démasquée.

Comme au théâtre ce soir, le rideau était tombé me laissant dans le noir.

Que n'ai-je vécu que pour cette infamie !

Mon unique, tu décroisas tes jambes, après m'avoir inondé de poèmes polissons.

Nous fîmes moult fois l'amour sous des ampoules éclairées qui nous jalousaient.

Parfois, nous nous heurtions.

Allo maman bobo !

Puis, nous nous réconcilions avec emphase sous des draps fripés.

Aujourd'hui, fut une journée harassante, rien n'allait, même pas nous.

Pas grave, ici, je mouline ma mémoire, évacuant les résidus qui m'entravent.

Les insectes me susurrent qu'il y a mieux à faire que de s'acharner à se déchirer.

Les oiseaux chantent l'altruisme sans lequel nous ne serions que des âmes définitivement perdues.

Sous la protection des feuillage, mon être se reconstruit, petit à petit.

Toutes ces épreuves, finalement m'ont grandi.

Le soleil transperce ces ombres dramatiques qui pourraient nous anéantir.

Je reviens vers toi, l'espoir en étendard et pas trop tard.

Toi et moi, allons dessiner des lendemains aux desseins parfaits.

Texte Protégé Copyright © 2017 Ricardo SANTIAGO

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