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Un bien joli crime

par chroniquesterriennes.over-blog.com 21 Juin 2017, 11:29

Un bien joli crime

Il avait mis un rideau devant ses yeux afin d'ignorer le fiasco de son union.

Avançant péniblement, arrondissant les angles, évitant les conflits, il se croyait à l'abri du chaos.

La monotonie des scandales, des paroles blessantes, des portes qui claquent paraissaient à peine l'atteindre.

Pourtant, son coeur était en lambeaux, ses rêves étaient brisés, ses illusions enterrées.

Devant ses collègues, il jouait la comédie du bonheur.

Ses amis lui enviaient sa bonne humeur.

Travestir son désarroi était devenu un jeu qui, intérieurement, l'anéantissait progressivement.

Il se savait trompé,moqué, dénigré par cette épouse si peu aimante.

Pour sauver son âme de cette réalité trop âpre, l'écriture était devenue sa seule échappatoire.

Nul ne le lisait, personne ne s'intéressait à sa modeste prose, ses mots se perdaient dans le néant.

Mais, il continuait obstinément, désespérément,
pour ne pas céder à l'appel de ces sirènes mortifères.

Allongé, tandis que sa femme lui tournait le dos, il s'inventait des récits épiques où les corps finissaient par fusionner amoureusement.

Le matin brumeux dessinait les contours peu avenants de la morosité ambiante.

Rien à espérer, le nez plongé dans son bol de café au lait.

Petite incursion dans le métro où l'on se laisse entraîner dans la sarabande folle des employés qui vont besogner.

Elle le bouscule, leurs regards se croisent, il est troublé, sourires, le charme opère.

Lui, si timide, ose l'impensable, adresser la parole à une inconnue.

Ils s'installent un peu en retrait de la foule grouillante, indisciplinée, énervée qui file mécaniquement.

Échange de numéros de portables, ils espèrent se revoir...

Il esquisse une mine satisfaite, se hâtant tout de même pour ne pas être en retard au bureau.

19 heures.

Son acariâtre officielle est informée: il doit boucler, ce soir, un dossier urgent.

Dans un café au charme anachronique, la grande Dame apparaît, altière, grands yeux de biche, démarche souple, élégante.

Ils discutent spontanément de tout, de rien, tels deux
bons vieux copains.

Séduction: elle croise et décroise les jambes, caresse ses cheveux, la température monte, ses lèvres couvrent les siennes, il va mourir, là, sur le champ.

Chambre d'hôtel, tout va décidément fort vite.

Il soulève délicatement sa robe, s'agenouille, s'enivre de ce doux nectar, en oublie déjà son existence insipide.

Le lit grince un peu, ils en rient, complices du plus joli des crimes.

Les vêtements gisent au sol, entremêlés.

Peau contre peau, l'atmosphère est chaude et moite.

Doucement, il se perd dans son intimité offerte; la lune les observe à travers les carreaux embués.

Le réveil pousse sa symphonie stridente.

Sursaut, il observe son environnement, déboussolé;
sa chambre, sa moitié qui ronchonne...

N'était-ce au fond qu'un rêve ?

Sur son bureau, l'histoire qu'il avait griffonnée la veille débutait ainsi: " Le matin brumeux dessinait des contours peu avenants... ".

Texte Protégé Copyright © 2015 Ricardo SANTIAGO et Nathalie ROULAUD

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